Des camélias un peu fânés
De retour d'une semaine finalement plus campagnarde qu'alcoolisée, je me propose de vous faire un petit compte rendu de mes lectures estivales. Mais comme je lis très lentement (comprenez, le temps que ça arrive au cerveau, en été, ça fait long...), ça se résumera à un bouquin, que je m'étais promis de lire il y a longtemps, "La dame aux camélias" d'Alexandre Dumas fils.
L'histoire, tout le monde la connaît, alors on va faire court: un jeune homme de bonne famille mais désargenté, Armand Duval tombe éperdument amoureux de Marguerite Gautier, courtisane, femme entretenue, fille légère, appelez ça comme vous voulez. Ce qu'elle considère d'abord comme une liaison parmi d'autres, tourne bientôt au grand amour. Et voilà nos deux fauteurs qui décident de tout abandonner pour vivre seuls à la campagne. Mais arrive ce qui devait arriver, le père du jeune zigoto se pointe, et persuade Marguerite de quitter Armand, pour le bien de ce jeune insensé, qui pourrait bien, sinon, être complètement déconsidéré socialement. Notre courtisane au grand coeur s'éxécute, plaque brutalement son amoureux et s'en retourne à Paris vivre sa vie d'avant. Armand, dans un premier temps, cherche à se venger et la fait souffir. Mais la belle est malade et condamnée, ce qu'Armand ignore, qui s'en va pour un long périple en Orient, après s'être rendu compte du mal qu'il lui avait fait. Marguerite meurt à Paris, seule, et ruinée. Voilà pour l'histoire!
Tant de fois adaptée au cinéma, au théâtre, en ballet, et à l'opéra, l'histoire est superbe, et indémodable. Malheureusement, les personnages d'Alexandre Dumas, eux, sentent un peu la naphtaline. Le pire des deux, c'est Armand, notre grand éperdu. Stéréotype du grand héros romantique, il pleure toutes les trois pages, est susceptible comme un ado de 16 ans, et passe des pages entières à se poser trente-six mille questions du genre "Est-ce qu'elle m'aime vraiment ou bien se moque-t-elle de moi? Elle me trompe, j'en suis sûr! Elle m'a frôlé la main, c'était volontaire ou pas? Et si ça l'était, est-ce que ça veut dire qu'elle est amoureuse de moi? Est-ce qu'elle me permettra de rester? Et si je suis gentil, peut-être qu'elle me donnera un sussucre!" Bon, j'éxagère un peu, mais on est pas loin!
Et pourtant, moi, grande romantique devant l'éternel, je ne pensais pas que j'en viendrais à mépriser presque, ce héros dégoulinant de mièvrerie! Quand je lis, j'imagine tout dans ma tête: les tenues, les visages, les endroits, les décors, tout a une représentation dans mon imagination. Alors quand, au milieu du livre, je me suis rendue compte que dans mon esprit, Armand était plus petit en taille que Marguerite, je me suis dit que peut-être que le romantisme du XIXè siècle avait fait son temps. Quelle déception! Moi qui le pensais impérissable.
Reste Marguerite, sublime, digne, fière! Magnifique personnage de femme à la fois faible devant l'amour, mais forte devant le devoir et la maladie. Elle éclipse Armand, pourtant narrateur, dès les premières pages. Heureusement que le roman porte son nom!
Enfin bref! Si vous n'avez pas envie de vous farcir le bouquin (pourtant vite lu), vous pouvez vous rabattre sur une des multiples adaptations. Le film de 1937 avec Greta Garbo, le téléfilm de 1998 avec Cristiana Reali, "La Traviata" de Verdi, au rayon opéra, ou encore le ballet, joué à l'opéra national de Paris à partir du 18 septembre. A vous de voir!
Par emmabovary, Lundi 7 Aout 2006 à 19:37 GMT+2 dans Bouquinons! (article, RSS)




